Un Noel
Un Noël
David Fennario
Traduit par J.H.
On était déjà allé au salon funéraire pour rendre hommage à Sue Tyseck, morte d’une overdose, mais on a quand même décidé de se rendre pour la messe à l’église Willibrord, malgré le froid de chien. On marchait le long de l’avenue Verdun en s’attendant à voir une quantité industrielle de lumières de Noël, mais c’est à croire qu’il y en a moins, moins qu’avant, les rues sont beaucoup moins illuminées, ces rues qui étaient célèbres pour leurs décorations de Noëls éclatantes.
À l’entrée du métro Verdun il y a du monde - une cinquantaine de personnes- qui fait la file devant la van d’urgence de l’armée du salut où des aliments de chez IGA sont distribués dans des sacs de plastique.
Liz, qui voit ça pour la première fois, est pas mal surprise.
« C’est devenu si pire? »
Un peu plus tard, ces mêmes gens se pointent à l’église avec leurs sacs IGA entre les mains, l’air un peu confus, pas très allumé pour ne pas dire éteint.
« Ce sont les dopés qui habitaient dans le même édifice que Sue » Nous dit Elsie qui est à la porte pour nous accueillir, la première à arriver pour la messe et suivie, ensuite, de Kelley avec son bébé en habit de neige usagé, son mari qui bégaie et à qui il manque des dents d’en avant.
Assis sur un des bancs d’église, on salue d’un hochement de tête tout en en écoutant l’écho de la voix du père Joseph Cameron qui cite le prophète Elijah d’un ton morne. Soudainement, le prêtre dit : « ceci va vous paraître étrange, mais les toilettes sont en bas, à votre droite. » Puis il reprend son sermon sur un ton de rituel aplati.
Les dopés, eux, ils ont compris et se faufilent clopin-clopant dans l’allée, s’arrêtant pour saluer Kelley et sa petite tout en s’agrippant à leurs sacs de chez IGA et c’est là que ça finit par ressembler à une scène de noël avec trois Rois Mages pas très sages qui bénissent l’enfant.
« Dans l’étable, pas de berceau de pour le bébé. »
Le nom de Sue Tyseck est cité par le père Joseph Cameron, un nom parmi une longue liste d’âmes perdues en écho alors que les paroissiens habituels font la file pour communier. Les visages demeurent les mêmes, avant et après la dégustation de l’hostie, qui, miraculeusement, s’est transformée en corps du Christ.
Il est certain que les dopés seraient restés plus longtemps, si ce miracle avait produit des frites – sauces au lieu d’une gaufre assez mince pour voir au travers.
David Fennario
Traduit par J.H.
On était déjà allé au salon funéraire pour rendre hommage à Sue Tyseck, morte d’une overdose, mais on a quand même décidé de se rendre pour la messe à l’église Willibrord, malgré le froid de chien. On marchait le long de l’avenue Verdun en s’attendant à voir une quantité industrielle de lumières de Noël, mais c’est à croire qu’il y en a moins, moins qu’avant, les rues sont beaucoup moins illuminées, ces rues qui étaient célèbres pour leurs décorations de Noëls éclatantes.
À l’entrée du métro Verdun il y a du monde - une cinquantaine de personnes- qui fait la file devant la van d’urgence de l’armée du salut où des aliments de chez IGA sont distribués dans des sacs de plastique.
Liz, qui voit ça pour la première fois, est pas mal surprise.
« C’est devenu si pire? »
Un peu plus tard, ces mêmes gens se pointent à l’église avec leurs sacs IGA entre les mains, l’air un peu confus, pas très allumé pour ne pas dire éteint.
« Ce sont les dopés qui habitaient dans le même édifice que Sue » Nous dit Elsie qui est à la porte pour nous accueillir, la première à arriver pour la messe et suivie, ensuite, de Kelley avec son bébé en habit de neige usagé, son mari qui bégaie et à qui il manque des dents d’en avant.
Assis sur un des bancs d’église, on salue d’un hochement de tête tout en en écoutant l’écho de la voix du père Joseph Cameron qui cite le prophète Elijah d’un ton morne. Soudainement, le prêtre dit : « ceci va vous paraître étrange, mais les toilettes sont en bas, à votre droite. » Puis il reprend son sermon sur un ton de rituel aplati.
Les dopés, eux, ils ont compris et se faufilent clopin-clopant dans l’allée, s’arrêtant pour saluer Kelley et sa petite tout en s’agrippant à leurs sacs de chez IGA et c’est là que ça finit par ressembler à une scène de noël avec trois Rois Mages pas très sages qui bénissent l’enfant.
« Dans l’étable, pas de berceau de pour le bébé. »
Le nom de Sue Tyseck est cité par le père Joseph Cameron, un nom parmi une longue liste d’âmes perdues en écho alors que les paroissiens habituels font la file pour communier. Les visages demeurent les mêmes, avant et après la dégustation de l’hostie, qui, miraculeusement, s’est transformée en corps du Christ.
Il est certain que les dopés seraient restés plus longtemps, si ce miracle avait produit des frites – sauces au lieu d’une gaufre assez mince pour voir au travers.

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